« Ma belle-fille ne fait pas grand-chose sur l’exploitation, tout juste la traite et les papiers….il est où le patron….tu ferais mieux de chercher un homme plutôt que des terres ». Malheureusement ce genre de réflexions fait encore échos chez beaucoup d’agricultrices aujourd’hui installées et qui ont ou ont eu maille à partie pour garantir leur légitimité sur l’exploitation, leur statut, leur visibilité tout simplement. Toute homme, fusse même une femme a besoin de reconnaissance et particulièrement de ses paires. C’est ainsi que la question du « statut de la femme en agriculture et notamment au moment de l’installation » est abordée cette année en formation BP REA dans le cadre du module « Mon Projet ». A l’initiative de Mathilde, Emilie et Perrine, stagiaires, nous étions une vingtaine de personnes réunies (stagiaires, agricultrices, membre de l’équipe emploi-formation de la chambre 44), pour aborder sans tabou les difficultés que rencontrent, encore en 2017, un certain nombre de femmes. La réflexion fut surtout un partage de témoignages comme celui de ces trois femmes filmées par Isabelle MANDIN*. Si Mathilde fait le choix de rejoindre un « groupe de femmes agricultrices », c’est pour se donner les « clés d’une plus grande autonomie technique et décisionnelle » mais aussi pour « échanger autour des questions relatives aux conditions de vie et de travail et notamment aborder la frontière difficile à poser entre la vie de couple et le métier ».
* Isabelle MANDIN réalise des films et documentaires - les films Hector Nestor -www.lesfilmshectornestor.com
Les agricultrices présentes ont témoigné, non sans humour, sur ce « combat » pour exister mais aussi et surtout pour faire bouger les lignes : « je savais que certains travaux physiques, je ne pouvais pas les réaliser. C’est pourquoi, j’ai adapté, l’installation et mon mari utilise depuis les équipements…. Lorsque notre jeune associé a demandé son congé paternité, il m’a fallu défendre sa cause dans le GAEC auprès de mon mari et de mon beau-frère…d’ailleurs aujourd’hui, lui et moi nous avons un mercredi sur deux, moi pour m’occuper de mes petits-enfants et le jeune collègue pour s’occuper de ses enfants…Lorsque j’étais enceinte, j’ai dû inonder ma saline et faire une croix sur la production de l’année car il n’y avait pas de solution de remplacement. Aujourd’hui, face aux problèmes de santé et de vieillissement les collègues masculins y réfléchissent et cela rassure Perrine, 30 ans qui n’envisage pas le métier sans pouvoir assumer sa vie de femme et de future maman…. » Au regard de ces témoignages partagées, chacun (3 hommes étaient présents) et chacune a pu regagner ses pénates avec du baume au cœur et une force ancrée en soi : exister et faire reconnaitre sa propre légitimité. Un bel après-midi conclu par l’invitation à consulter les 40 propositions du rapport sénatorial sur « Femmes et Agriculture »*
*Pour l’égalité dans les territoires » disponible sur www.senat.fr/commission/femmes/index.html.




Haut de page